Faut-il investir dans Uber technologies (1)? Les étapes du développement

Par le 8 octobre 2019

Le groupe américain Uber technologies s’est introduit en bourse à New york en mai 2019 pour son dixième anniversaire. En partant d’une idée révolutionnaire, il a connu dix années de développement mondial effréné émaillé de nombreuses péripéties, conflits et démêlées judiciaires. Investir ou ne pas investir dans Uber ? Avant de répondre, il convient de reconstituer l’historique du groupe.

uber

Les principales étapes du développement

La création du groupe Uber Technologies

Le groupe Uber technologies basé à San Fransisco a été créé en 2009, sous le nom d’UberCab. Ses trois fondateurs dont Garett Camp, Oscar Salazar et Travis Kalanick. Ce dernier dirigera le groupe jusqu’en 2017. L’idée de créer une application de mise en relation de chauffeurs privés avec des clients leur est venue en constatant les difficultés à trouver un taxi dans les grandes agglomérations. Ce service révolutionnaire permet de réserver une course en un clic à partir de son smartphone. Ensuite, elle s’est développée à un rythme effréné, aux Etats-Unis puis mondialement. L’ancien dirigeant, Travis Kalanick, affirmait que le chiffre d’affaires doublait tous les 6 mois.

Uber et son activité internationale

Le groupe s’implante en Chine en 2014, sur un marché très concurrentiel déjà dominé par une entreprise locale, Didi Chuxing, créée deux années auparavant. Toutefois, en 2016, Uber cède ses activités en Chine à Didi en raison de pertes très élevées et obtient en échange 20% du capital du nouvel ensemble. D’autres cessions interviennent sur les zones géographiques où les pertes sont les plus élevées. En 2017, Uber fusionne ses activités en Russie avec le groupe Yandex et obtient 36,6% du capital du nouveau groupe. Finalement, il cède en 2018 ses activités en Asie du Sud-Est, marché hyperconcurrentiel, au groupe Grab et devient actionnaire à 27,5% du nouveau groupe. Uber n’a toutefois pas arrêté ses acquisitions sur son métier de VTC. Ainsi, il a acquis le leader des VTC au Moyen-Orient, Careem pour 3,1 milliards de dollars dont 1,4 milliards en liquidités et le reste en titres convertibles et actions Uber.  

Mi 2017, le dirigeant Travis Kalanick est poussé vers la sortie suite à divers scandales internes et externes au groupe. Il détient toujours près de 9% des actions. Le nouveau dirigeant, Dara Khosrowshahi le remplace au cours de l’été 2017.  Sa personnalité, moins imprévisible et plus pondérée, a rassuré les salariés, les investisseurs et les utilisateurs. Il n’en a pas moins confirmé les axes stratégiques de son prédécesseur, de croissance et de diversification. L’année 2018 a donc été la première année pleine pour ce nouveau dirigeant. 


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Le développement en quelques chiffres

Les tableaux ci-dessous retracent l’évolution du nombre de villes où Uber est présent pour son activité principale de véhicule de tourisme avec chauffeurs (VTC) ainsi que l’évolution du nombre total d’utilisateurs, toutes activités confondues.

Evolution du nombre de villes pour l’activité VTC

En 2011, Paris a été la première ville où Uber s’est implantée en dehors des Etats-Unis. Fin 2018, le groupe est présent dans 65 pays. La stratégie actuelle d’Uber consiste à déployer ses activités dans des villes de taille moyenne.

Evolution du nombre d’usagers mensuels, toutes applications confondues, essentiellement les activités VTC et Uber Eats.  

En 2019, cette progression est principalement due à l’activité de livraison de repas, Uber Eats dont le montant moyen de la course est plus faible.


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Lyft, le principal concurrent

L’activité de VTC attire de nombreuses entreprises. Parmi les concurrents d’Uber, l’un d’entre eux se détache particulièrement, le groupe Lyft. Lyft a démarré son activité deux ans après Uber en 2012, également à San Francisco.  Aujourd’hui, la part de marché d’Uber dans l’activité VTC est estimée à 65% en Amérique du Nord alors qu’elle est de 29% pour Lyft, en progression toutefois de 3% sur les 12 derniers mois. Les autres opérateurs en Amérique du nord sont beaucoup plus petits, ne représentant chacun pas plus de 2% de part de marché. Lyft a adopté une stratégie de développement géographique différente d’Uber, n’opérant que dans deux pays uniquement, les Etats-Unis et le Canada.

De nombreuses batailles juridiques

L’activité VTC venant bousculer des activités réglementées, le groupe a affronté et continue d’affronter des batailles juridiques acharnées dans de nombreux états et villes. Les actions menées contre Uber sont fondées selon les cas sur la distorsion dans la concurrence, la sécurité des passagers, et la requalification des contrats avec les chauffeurs en contrat de travail. Voici quelques épisodes réglementaires et judiciaires concernant Uber :

Les chauffeurs se mobilisent contre Uber

En 2015, Paris interdit Uberpop à la suite des protestations des chauffeurs de taxi. Elle permet à des particuliers de proposer des trajets occasionnels à partir de leur véhicule personnel. Ces particuliers n’ont pas de licences de transport de passagers. La même année, Berlin interdit également Uberpop au motif que les contrats d’assurances des chauffeurs occasionnels ne couvrent pas les passagers.

En 2016 et 2017, un conflit oppose pendant plusieurs mois Uber aux chauffeurs dans plusieurs pays après la décision de passer le taux de commission revenant au groupe de 20 à 25% du montant de la course. Les chauffeurs demandent également une revalorisation du montant minimum de 6 à 8€. Actuellement, ce taux de commission pour les VTC est toujours de 25%.

En juin 2018, la Turquie interdit l’accès de son marché à Uber sous la pression des chauffeurs de taxi.

Uber et la sécurité

En 2017, Londres interdit l’activité d’Uber suite à des agressions commises par des chauffeurs. La ville reproche au groupe de ne pas exercer de contrôles suffisants sur les antécédents judiciaires de ses chauffeurs mettant ainsi les utilisateurs en danger.

Uber et la réglementation

En mai 2017, la commission européenne décide qu’Uber ne peut pas être considéré comme une simple plate-forme de mise en relation mais bien comme une véritable activité de transport. Par conséquent, le groupe doit se soumettre aux exigences de licences et d’agrément des entreprises de transport propres à chaque pays.

En 2018, la ville de New York impose aux plateformes VTC de payer un salaire minimum à leurs chauffeurs. Début 2019, Uber suspend ses activités à Barcelone suite à l’instauration d’une réglementation restrictive protégeant les taxis ;

Dernier rebondissement en date, en septembre 2019, la Californie adopte une loi permettant de requalifier les chauffeurs et livreurs en salariés. Cette loi risque de bouleverser le modèle économique des plateformes VTC, différents analystes estimant qu’elle devrait augmenter les coûts de la plateforme de 30 à 35%. Les deux entreprises de VTC californiennes, Uber et Lyft, préparent leur riposte juridique.

De nombreuses levées de fonds

Comme pour la plupart des start-up, Uber a réalisé de nombreuses levées de fonds pour financer sa croissance. Le tableau ci-dessous retrace les différentes augmentations de capital réalisées ainsi que la valorisation du groupe retenue lorsqu’elle est disponible. En mai 2019, le groupe s’est introduit en bourse de New York où il a levé 8,1 milliards de dollars sur la base d’une valorisation de 80 milliards, en retrait par rapport à ce qui avait été escompté par les analystes boursiers.  

Il compte de nombreux actionnaires prestigieux tels que Goldman sachs, le fondateur d’Amazon Jeff Bezos, Google ventures, le fonds d’investissement public d’Arabie saoudite. En 2017, le conglomérat japonais Softbank devient l’actionnaire de référence avec 15% du capital.

Le groupe n’a jamais réalisé de bénéfice opérationnel depuis sa création il y a 10 ans. Toutefois, cette absence de profits est à mettre en relation avec une part de marché estimée à 65% dans de nombreux pays et une croissance continue de l’activité exprimée en nombre d’utilisateurs.

Dans un second temps, nous étudierons la stratégie et le modèle économique du groupe puis l’évolution de sa performance financière.

A suivre

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