Exploiter les critères de rentabilité d’investissement 1/2

    Par le 10 septembre 2018

    Investir consiste à réaliser des décaissements initiaux dans le but de générer des revenus futurs permettant de récupérer la mise de fonds de départ et générer un excédent de trésorerie. La prise de décision s’étudie dans le cadre d’un business plan ou d’une simple étude de rentabilité économique. Tous les managers engageant des investissements ainsi que les financiers se doivent de maîtriser les critères de rentabilité couramment utilisés : délai de récupération, valeur actualisée nette, taux de rentabilité interne, indice de profitabilité.

    Le contexte de sélection des investissements

    Le processus de sélection des investissements est relié à l’un des objectifs du contrôle interne. Le guide AMF du contrôle interne cite parmi les objectifs du contrôle interne :

    • Créer et préserver la valeur ;
    • Sécuriser la prise de décision et les processus de l’entreprise pour favoriser l’atteinte des objectifs.

    Tout directeur financier se doit de mettre en place une procédure de sélection des investissements incluant l’analyse de rentabilité pour optimiser l’utilisation du budget d’investissement et favoriser l’atteinte des objectifs de rentabilité de l’entreprise.

    Les managers doivent savoir interpréter les différents indicateurs pour évaluer la rentabilité de leurs propres projets, ils peuvent agir sur les paramètres de leur projet pour en améliorer la rentabilité.

    Dans tous les cas, il convient d’apporter de la rationalité économique dans la sélection des investissements même si d’autres critères doivent également être pris en compte (alignement du projet sur la stratégie de l’entreprise, aspects sociaux, environnementaux, …). Si parfois, le critère de la rentabilité est sacrifié au profit d’autres critères, encore faut-il le faire en connaissance de cause.

    Illustration

    Le dirigeant d’une entreprise industrielle revient d’un salon professionnel avec la ferme intention d’acquérir une machine de découpe laser qui y était exposée, enthousiasmé par sa technologie. L’activité de découpe était jusqu’à présent externalisée. Dubitatif, le directeur financier avait l’intuition que le volume d’activité serait insuffisant pour rentabiliser une telle dépense. Il a dû réaliser un calcul de rentabilité pour démontrer que ce projet n’était pas rentable et dissuader le dirigeant.

    L’analyse de rentabilité

     

    Les paramètres pour évaluer la rentabilité

    La rentabilité d’un projet s’évalue à partir de flux de trésorerie, encaissements et décaissements, prévisionnels. Un projet rentable génère donc sur sa durée un excédent de trésorerie.

    Seuls sont pris en compte les flux de trésorerie d’exploitation (FTE) et d’investissement (FTI). On évalue la rentabilité « intrinsèque » ou économique du projet, avant tout choix de financement.

    Le FTE est égal à : Excédent brut d’exploitation – Impôt sur les sociétés – Variation du besoin en fonds de roulement (BFR).

    La variation du BFR prend en compte l’incidence des décalages de paiement fournisseur – client. Les facteurs rendant le FTE négatif sont les pertes éventuelles de démarrage et l’augmentation du BFR due à la croissance des ventes.

    Le FTI prend en compte :

    • les acquisitions d’immobilisations nettes des cessions d’immobilisations ;
    • les dépenses comptabilisées en charge liées au lancement du projet : études, recrutements, …

    Le schéma ci-dessous mentionne 4 principaux critères de sélection des investissements.

     

    L’actualisation pour prendre en compte la valeur temps de l’argent

    L’investissement s’étalant sur une durée pluri annuelle, il convient de prendre en compte la notion de « valeur temps de l’argent » : 100€ euros obtenus aujourd’hui valent plus que 100€ dans un an car cette somme peut être placée, par exemple à 3% et représenter 103€ dans un an : la valeur d’un flux de trésorerie dépend donc de la date à laquelle il est perçu ou décaissé.

    L’actualisation consiste à calculer la valeur actuelle (au jour de l’investissement initial) des flux de trésorerie futurs. Il constitue l’inverse de la capitalisation des flux.

     

    Comment définir le taux d’actualisation ?

    Cette question inquiète souvent les responsables de projet car ils pensent à tort qu’il leur revient de le définir. Le taux d’actualisation représente bien davantage que le taux d’inflation ou le taux d’emprunt bancaire. Il représente l’attente de rendement de l’investisseur, externe ou l’entreprise elle-même pour ses projets internes.

    Pour la sélection des projets internes, il est au moins égal au coût moyen pondéré des capitaux (CMPC) qui représente l’attente de rendement de l’ensemble des apporteurs de fonds, actionnaires et prêteurs (illustration ci-dessous).

     

    Un taux « normatif » plus élevé que le CMPC est souvent imposé par la direction financière ou les actionnaires. Il s’agit de monter la barre pour sélectionner entre des projets nombreux et être sûr d’atteindre l’objectif de rentabilité des actionnaires.

    Des taux différenciés en fonction du niveau de risque du projet, ce que montre le tableau ci-dessous. Cette pratique est complètement justifiée en finance : le rendement qu’attendent les investisseurs varie en fonction du niveau de risque du projet. On intègre ainsi dans les choix d’investissements au sein de l’entreprise le raisonnement des marchés financiers. Peu d’entreprises définissent toutefois en pratique une batterie de taux d’actualisation différenciés.

     

    Les critères économiques de sélection des investissements :

    Les différents critères de sélection d’investissement constituent des outils d’aide à la décision ayant pour but d’éclairer la décision d’investissement : adoption, rejet, recherche de scénarios alternatifs,… Lorsque pour des raisons diverses l’entreprise décide d’entreprendre un projet à priori non rentable, encore faut-il que ce soit en connaissance de cause.

    Le délai de récupération « non actualisé »

    Le délai de récupération est le critère de sélection d’investissement le plus simple à appréhender, il représente la durée exprimée en années et mois permettant de récupérer la mise de fonds initiale.

    Pour des projets de taille moyenne et de durée courte ne dépassant pas trois années, certaines entreprises n’actualisent pas les flux futurs. Ce sont des projets de productivité, administratifs ou industriels ou des projets marchands sur des nouveaux produits à durée de vie courte.

    A partir de quel moment le projet est-il financièrement intéressant pour l’entreprise ?

    • Le délai de récupération est confronté à un « délai couperet » défini par la procédure d’investissement, souvent entre 18 et 24 mois. Le comité de sélection d’investissement n’acceptera d’examiner un projet que si son délai de récupération est inférieur ou égal à ce délai couperet.
    • Le délai de récupération doit être significativement inférieur à la durée de vie totale du projet.

    Illustration :

    Une entreprise de téléphonie mobile développe de nouveaux services sur internet dont la durée de vie est en moyenne de 24 mois. Pour qu’un projet soit considéré financièrement intéressant pour l’entreprise, le délai de récupération ne doit pas excéder les ¾ de la durée de vie totale du projet, 18 mois dans notre exemple. En effet, au bout de 18 mois, le projet n’a permis de récupérer que la mise de fonds initiale, il n’a pas généré de surplus et le risque n’a pas été pris en compte.

    Le délai de récupération constitue davantage un critère d’évaluation du risque, il n’évalue pas la rentabilité globale du projet car il ne prend pas en compte les flux de trésorerie postérieurs à ce délai : l’objectif est de réduire les risques en récupérant au plus vite la mise de fonds initiale. L’exemple ci-dessous illustre le fait que choisir le projet avec le délai de récupération le plus court ne signifie pas toujours choisir le projet le plus rentable. L’analyse de la répartition temporelle des flux nous montre que le projet A a un délai de récupération plus court tandis que la Van (valeur actualisée nette) à 8% indique que le projet B est sur la durée totale plus rentable.

    Le délai de récupération « actualisé »

    Ce critère est similaire au précédent mais calculé à partir de flux actualisés. Le schéma ci-dessous montre que les flux de trésorerie disponibles sont actualisés année par année puis cumulés. Le délai de récupération est atteint lorsque le cumul des flux de trésorerie disponibles actualisés cesse d’être négatif.

     

    Souvent, les entreprises évaluent leurs projets sous deux angles complémentaires, le risque (choisir le projet avec le délai de récupération le plus court) et la rentabilité (choisir le projet avec la valeur actualisée nette ou le taux de rentabilité interne le plus élevé).

    Lorsque deux projets sont concurrents, le projet le plus rentable n’est pas nécessairement le projet avec la durée de récupération le plus court, notamment en cas d’investissements ou de pertes de démarrage importants. La décision se prend alors sur la base d’un arbitrage entre risque et rentabilité.

    Les entreprises ayant une capacité de financement limitée tendent à privilégier le délai de récupération. Leur priorité est d’investir dans des projets qui restitueront au plus vite la trésorerie investie permettant ainsi de financer d’autres projets les années ultérieures. Un actionnaire anticipant la cession de ses actions à un horizon court de 2 ou 3 ans privilégiera également le projet avec un délai de récupération court.

    A suivre… dans un prochain article.

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