Profitabilité : l’effet ciseau et l’effet absorption des charges fixes

Par le 14 janvier 2020

L’analyse de la profitabilité se situe au cœur de la démarche d’analyse financière. Elle vise à expliquer la création de valeur de l’entreprise. Par ailleurs, elle suit l’analyse de l’activité (évolution des ventes). Enfin, elle précède celle des équilibres financiers du bilan et de l’endettement. Analyser la profitabilité consiste à identifier des effets ciseau et absorption des charges fixes.

Profitabilité : la problématique

Si le chiffre d’affaires augmente de 10% et que le résultat augmente dans des proportions différentes, il y a un phénomène qu’il convient d’expliquer. L’analyse de la profitabilité consiste essentiellement à détecter deux grandes causes de variation du résultat, l’effet ciseau et l’effet absorption des charges fixes.

Qu’est-ce que l’effet ciseau ?

Il fait référence à une évolution favorable ou défavorable du prix de vente par rapport au coût d’achat des marchandises vendues pour un distributeur ou des consommations de matières premières pour un industriel. L’effet ciseau se détecte à partir de l’évolution de la marge commerciale ou brute (tableau des soldes intermédiaires de gestion) exprimés en pourcentage des ventes.  

Un effet ciseau favorable peut provenir :

  • d’une meilleure négociation des prix d’achat, due par exemple à une augmentation des volumes achetés ;
  • d’une amélioration du « mix-produit », les produits à plus forte marge étant mieux vendus ;
  • d’un effet de change favorable, import ou export.

Un effet ciseau défavorable peut résulter :

  • de l’incapacité à répercuter la hausse du coût d’achat des matières premières dans le prix de vente ;
  • d’une politique commerciale plus agressive de prise de part de marché ou d’une réaction défensive par rapport à une concurrence accrue.

Découvrez la première partie : exploiter les critères de rentabilité d’investissement


Pour un industriel, un effet ciseau peut également résulter d’une variation du taux de perte sur matières premières (freinte) dans le processus de production. L’effet ciseau peut également résulter d’une variation des coûts de transport. Ainsi, un fournisseur de produits pondéreux à faible prix de vente (ciment, cartonnages, eau, etc.) aura un effet ciseau défavorable en livrant des clients géographiquement plus éloignés. En normes françaises, cet effet se détectera au niveau du taux de valeur ajoutée, détaillé dans l’illustration ci-dessous.

Le compte de résultat ne retrace que des données financières brutes (ventes et consommations). Par conséquent, sa seule lecture ne permet pas d’identifier l’origine de l’effet ciseau (variation du prix de vente ou du coût d’achat). Seule la connaissance du contexte de l’entreprise permettra d’en connaître l’origine.

Pour un distributeur, l’analyse du taux de marge commerciale revêt souvent une importance cruciale. Les fournisseurs qui réalisent l’analyse financière des membres de leur réseau de distribution identifient souvent le taux de marge commercial minimum. En dessous de ce taux, leur client ne peut matériellement couvrir ses charges de structure et réaliser de bénéfice. 

L’effet « absorption des charges fixes »

Pour analyser la profitabilité, il est essentiel de se pencher sur l’effet absorption des charges fixes. Dans le cas de l’augmentation des ventes, les charges fixes ou plutôt à dominante fixe évoluent par palier. Ainsi, l’entreprise pourra absorber une augmentation de son activité. Cela comprend un effectif constant, la même superficie de locaux et le même niveau d’équipement jusqu’à un certain point. Passé un seuil, elle sera contrainte d’embaucher, de s’agrandir, d’investir.

La détection de l’effet absorption des charges fixes, favorable ou défavorable, consiste à analyser l’évolution des postes de charges d’exploitation « à dominante fixe ». Ils sont exprimés en pourcentage des ventes. Pour le compte de résultat d’une entreprise en normes françaises, ce sont les autres achats et charges externes, les charges de personnel et la dotation aux amortissements. Un effet absorption des charges fixes favorables résulte d’une :

  • augmentation des ventes à un rythme plus élevé que celui du poste de charges;
  • diminution du poste de charge à un rythme plus élevé que celui des ventes

Découvrez la seconde partie : exploiter les critères de rentabilité


Illustration : déduire le taux de profitabilité

Le compte de résultat simplifié ci-dessous fait apparaître les effets suivants :

  • L’amélioration du taux de marge commerciale due à l’amélioration du « mix – produit » sur l’activité négoce ;
  • La dégradation du taux de marge brute sur l’activité industrielle due à la difficulté de répercuter la hausse du coût d’achat des matières premières dans le prix de vente.
  • Une réduction des autres achats, en montant et en pourcentage des ventes due à l’organisation en bureaux paysagés et à la renégociation du bail ;
  • L’augmentation des frais de personnel en montant et en pourcentage des ventes due à l’embauche d’une force commerciale en cours de formation (période de latence).
profitabilité

L’incidence de la présentation du compte de résultat 

Il existe deux grands modes de présentation du compte de résultat :

  • Les charges sont présentées par nature
  • Elles sont regroupées par fonction (de production, commerciales, administratives, de R&D).

Les comptes individuels en normes françaises (PCG 82) imposent une présentation des charges par nature, très détaillée. Elle permet de calculer le tableau des soldes intermédiaires de gestion (TSIG). La comptabilité américaine impose, quant à elle, un regroupement des charges par fonction qui est généralement très synthétique. Les normes IFRS ainsi que les normes françaises relatives aux comptes consolidés (règlement 99-02) laissent quant à elles le choix entre les deux présentations.

Deux présentations distinctes

Calculer un taux de profitabilité précis requiert une certaine méthode de présentation. De facto, l’intérêt de la présentation par nature est de pouvoir repérer un effet ciseau à l’état pur. Cet effet est détecté par l’analyse de l’évolution du taux de marge commerciale ou de marge brute. Hormis la variation du taux de perte sur matière première, le taux de marge brute ou commerciale ne varie qu’en fonction d’une variation de prix de vente ou de coût d’achat.

A l’inverse, dans le compte de résultat par fonction, les effets ciseau et absorption des charges fixes sont moins apparents. La marge brute est en effet calculée nette du coût de production des produits ou prestations vendus. Ainsi, pour une entreprise industrielle, un effet ciseau défavorable dû à l’augmentation du coût des matières premières peut être compensé par une meilleure absorption des charges fixes de production. Cette dernière est elle-même due à des investissements de productivité ou à une hausse de l’activité.

Qu’est-ce qu’une bonne représentation ?

La société française des analystes financiers (SFAF) est une association qui regroupe les analystes boursiers. Par une déclaration du 26 février 2008, elle a exprimé ses besoins en termes d’informations financières. Elle a reconnu la place centrale du compte de résultat en ce qu’il permet, en principe, d’obtenir une vision à moyen et long terme.
La SFAF a également exprimé une forte préférence pour la présentation des charges par nature. Le but est d’interpréter de façon plus claire les variations de résultat (effets ciseau et absorption des charges fixes). Les analystes souhaitent une information détaillée des revenus et charges d’exploitation.
Ils souhaitent également pouvoir isoler les éléments non récurrents du résultat opérationnel. En ce qui concerne le résultat financier, ils souhaitent pouvoir séparer les charges d’intérêts des autres charges (coût de l’endettement) ce que permettent les normes IFRS.

Toutefois, la présentation des charges par fonction (ou destination) a pour avantage d’évaluer la performance par grande fonction. Ainsi, le dirigeant d’une entreprise, dont les charges commerciales représentent 16% du CA, s’interrogera sur sa performance commerciale si celles des concurrents n’en représentent que 12%.


À lire >> Les coûts cachés de la diversité de l’offre


Illustration : modification du modèle économique

Une entreprise de téléphonie constate que son taux de valeur ajoutée est supérieur à celui des autres entreprises du secteur car elle externalise moins de prestations qu’elles. Cette différence ne se traduit pas par un résultat net plus élevé. En effet, elle a une proportion de frais de personnel et d’amortissement plus élevée. Ce constat l’amène à repenser sa politique d’externalisation. L’objectif est de réduire son exposition à une baisse d’activité, les charges des activités externalisées ayant une part variable plus élevée que celles des activités réalisées en interne.


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