Directeur financier : sécurisez les financements de votre entreprise – partie 2 : diversifiez

Par le 21 décembre 2018

Une des missions du directeur financier est d’assurer la pérennité à MLT de l’entreprise, notamment en sécurisant les différentes sources de  financement. Pour accomplir cette mission, il doit accomplir une diversité de tâches. L’anticipation et la diversification sont les deux maître mots permettant la sécurisation des financements. dans la seconde partie de ce billet, nous abordons la diversification des modes de financement.

Un des moyens de sécuriser les financements de financement est également de diversifier les sources de financement

Emprunter à moyen ou long terme

Le plus souvent, la banque n’octroie un prêt à moyen ou long terme à une PME que si celui-ci est adossé à l’acquisition d’une immobilisation. Elle demande alors une garantie sur le bien financé : hypothèque, nantissement sur le bien corporels ou sur des titres de participation pour un prêt finançant une acquisition d’entreprise.

Plus rarement, la banque octroie un prêt à MT de restructuration du fonds de roulement non adossé, par exemple, pour financer l’augmentation du BFR dans une période de croissance des ventes.

Pour un montant jusque 2 ou 3 millions, l’entreprise a habituellement le choix entre emprunter à taux fixe ou taux variable. Au-delà de ce montant, la banque prête à taux variable pour ne pas se trouver en situation de risque de taux. L’entreprise ayant réalisé un emprunt à taux variable peut le couvrir par un swap de taux dans le but d’obtenir un endettement à taux fixe. Elle sécurise ainsi le montant des intérêts à payer sur la durée du financement, ce qui est souvent le cas pour une dette d’acquisition dans le cadre d’un LBO.

En cas de remboursement anticipé, le contrat de prêt prévoit une pénalité pour remboursement anticipé, pour les prêts à taux fixe seulement dont le but est de couvrir ce risque de taux.

Pour des montants élevés, le contrat de prêt prévoit des engagements (covenants) à la charge de l’emprunteur, notamment le respect de ratios (par exemple, frais financiers / EBE ou Ebitda / frais financiers). Le non-respect d’une norme sur un ratio (bris de covenant) entraîne la déchéance du terme et permet à la banque d’exiger le remboursement anticipé du prêt, de calculer les intérêts à un taux supérieur. Cette possibilité très rarement mise en oeuvre met la banque en position de négocier des engagements de la part de l’emprunteur.

L’euro PP (private placement)

L’euro PP est un emprunt à MT destiné aux ETI, à partir d’un montant de 5 à 10 millions d’euros dont voici ses principales caractéristiques :

Un financement désintermédié :

La banque évalue le risque de crédit de l’émetteur, analyse son besoin de financement, arrange le contrat de prêt, incluant les conditions de taux et met finalement l’émetteur en relation avec des prêteurs potentiels. Comme l’établissement de crédit ne prête pas par lui-même, cette opération ne lui crée pas de besoins supplémentaires en capitaux propres dans le cadre des ratios prudentiels.

Un financement non adossé :

Les prêteurs financent l’entreprise dans sa totalité et non un actif en particulier sur lequel ils prendraient une garantie ;

Le plus souvent un emprunt remboursable in fine :

L’emprunt étant remboursable en totalité à son échéance, l’entreprise ne parvient généralement pas à le rembourser à partir des flux de trésorerie opérationnels de l’année d’échéance, elle se heurterait très probablement à un mur de la dette. A moins qu’il ne soit remplacé par un emprunt amortissable, il se rembourse généralement par une nouvelle émission d’Euro PP. Pour cette raison, le 1er Euro PP émis est dit « inaugural ».

L’Euro PP connaît un vrai succès car il est avantageux pour l’ensemble des parties prenantes :

  • Dans un contexte de taux bas, il procure aux prêteurs un rendement plus élevé que ceux constatés sur les marchés financiers ;
  • Pour l’émetteur, la documentation est beaucoup moins volumineuse et plus rapide à rédiger que le document de référence requis pour une émission d’emprunt sur les marchés financiers (appel public à l’épargne) ;
  • Il permet à la banque de se rémunérer à partir de commissions d’arrangement sans devoir prêter directement, l’opération ne se traduit donc pas par une exigence de capitaux propres dans le cadre des ratios prudentiels ;

Le crédit bail

Le crédit-bail, mobilier ou immobilier constitue un financement d’actif réalisé obligatoirement par un établissement de crédit. Il constitue un pur financement sans services associés. Il se particularise par une option d’achat en fin de contrat, pour une valeur résiduelle correspondant au capital non remboursé. Cette dernière est le plus souvent très faible, de l’ordre de 1% sauf pour des biens facilement négociables d’occasion. Le dénouement normal du contrat de crédit-bail est pour le locataire d’acquérir le bien loué.

Pour l’entreprise, il est normalement plus facile à obtenir qu’un crédit classique car l’établissement de crédit demeure propriétaire de l’actif. Il peut donc beaucoup plus facilement en reprendre possession en cas d’impayé, sans passer par une décision de justice. L’emprunteur évitera également le coût de la prise de garantie qui aurait été prise pour sécuriser un crédit classique.

Il s’agit également d’un financement « hors bilan » selon le plan comptable français, il ne vient donc pas dégrader les ratios d’endettement. L’analyste financier retrouvera toutefois les engagements de crédit-bail en annexes pour les réintégrer dans l’endettement financier. En outre, les établissements de crédit retrouveront ces engagements dans l’information du service de la centralisation des risques de la banque de France qui recense tous les encours de crédit d’une entreprise.


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Le crédit-bail constitue normalement un financement à 100%. Toutefois, pour diminuer son risque de crédit, le loueur exige parfois un 1er loyer majoré, ce dernier ne dépassant habituellement pas 20 à 25% du montant financé. Dans le cas d’un premier loyer majoré de 20%, le financement n’est donc plus que de 80% ! Un premier loyer majoré a pour objectif d’améliorer le « loan to value » ratio qui permet de suivre le risque de crédit d’un contrat pour le loueur. Nécessairement inférieur à un, il est égal au rapport entre l’encours à risque et la valeur à laquelle le loueur pourrait revendre.

Parfois, c’est le locataire qui souhaite payer un premier loyer majoré ou avoir une durée de remboursement significativement inférieure à la durée d’utilisation prévue du bien financé. C’est ce que l’on appelle le leasing fiscal. Avec le crédit-bail, la charge fiscalement déductible est en effet le loyer, majoré ou non, alors qu’avec l’emprunt classique, les charges fiscalement déductibles sont les intérêts et la dotation aux amortissements calculée sur la durée d’utilité quel que soit la durée du financement. Le conseil d’état a validé cette pratique au motif que ce premier loyer majoré est parfois imposé par l’établissement de crédit.

La location financière longue durée

A l’inverse du crédit-bail, l’objectif n’est pas de devenir propriétaire du bien loué à la fin du contrat. Il s’agit généralement plus que d’un financement car une part de service y est associée : maintenance, remplacement en cas de panne, etc… A l’inverse du crédit-bail, elle ne comporte pas d’option d’achat. Elle est adaptée au financement de flottes : véhicules, photocopieuses, micro-ordinateurs, …. Elle constitue un contrat évolutif, prévoyant par exemple une première durée de financement courte, assortie d’une possibilité de renouvellement soit sur le même matériel soit sur un nouveau matériel plus performant.

Ce contrat est souvent moins transparent que le crédit-bail. A l’inverse, du prêt classique et du crédit-bail, il ne fait pas apparaître de taux d’intérêt ni d’échéancier dissociant la part en capital et en intérêt dans les loyers. Un loyer unique couvre à la fois la mise à disposition d’un bien et le service associé. La location financière est moins facilement détectable par l’analyste financier externe à l’entreprise. La dette ne figure pas au bilan dans les comptes individuels en normes françaises. Elle n’apparaît pas non plus dans l’information de la centralisation des risques de la banque de France. La location financière peut en effet être réalisée par une entreprise commerciale n’ayant pas le statut d’établissement de crédit et seuls ces derniers sont reliés à ce service.

La capacité à obtenir un loyer intéressant dépend notamment de la valeur d’argus du bien loué à la fin de la période de location. Ainsi, pour un véhicule de marque réputée pour sa robustesse, l’écart de loyer par rapport à un autre véhicule sera à priori plus faible que l’écart de prix d’achat.

L’affacturage

Il s’agit également d’un financement d’actif. L’entreprise cède tout ou partie de ses créances client pour se financer à court terme. Il arrive souvent que les banques orientent un client, PME vers cette solution lorsqu’elle ne souhaite pas accompagner l’augmentation de son besoin de trésorerie.  L’affacturage est à considérer comme une réserve de financement basée sur le poste client, il permet à certaines entreprises d’obtenir davantage de financements à CT que les lignes de crédit bancaire traditionnelles. Le risque de rupture de crédit est diminué car le factor ne prend pas de risque de crédit sur l’entreprise emprunteuse mais sur ses clients (débiteurs cédés). La détermination du pourcentage du poste client finançable repose sur la solvabilité de vos clients (plafond de crédit sur chaque débiteur cédé) ainsi que  sur la répartition de votre chiffre d’affaires.  En effet, le factor applique fréquemment un coefficient de dilution limitant par exemple à 10% la part d’un débiteur cédé dans l’encours total financé. Un contrat d’affacturage « groupe » peut alors permettre de financer une plus grande partie de l’encours d’un client au dessus de ce coefficient au niveau d’une filiale mais en dessous au niveau du groupe. Un courtier en affacturage vous orientera vers l’une des différentes solutions existantes de ce service modulaire (confidentiel, de balance, adossé à un contrat d’assurance crédit,….).

Les crédits gagés sur le stock.

Parfois, le principal actif circulant à financer est le stock. Des banques financent alors cet actif en contrepartie d’un gage, avec ou sans dépossession du stock par l’entreprise.

Illustration : Pour financer son stock saisonnier, un producteur de sucre négocie une ligne de crédit de campagne qui fluctue dans l’année. Un organisme veille sur le niveau de stock, communique à la banque toute sortie de stock, ce qui s’accompagne d’un remboursement partiel du crédit.

Les sources de financement de secours

En cas de besoin de financement imprévu résultant notamment d’une dégradation financière, le directeur financier doit avoir à l’esprit les sources de financement de secours.

  • L’affacturage ponctuel

Des fin techs proposent des solutions d’affacturage ponctuel avec une décision de crédit et un déblocage des fonds rapide de l’ordre de 24 à 48 heures.

  • Le lease-back

Le lease-back consiste pour l’entreprise à céder une immobilisation à un établissement de crédit pour la reprendre comme locataire dans un contrat de crédit-bail.

On distingue :

  • Le lease-back « technique » mis en place au plus tard quelques semaines après l’acquisition du bien comme mode de financement ;
  • Le lease-back consistant à céder un actif immobilier pour combler un déficit de trésorerie. Il convient de s’assurer au préalable que le frottement fiscal (imposition de la plus-value de cession) ne soit rédhibitoire. Pour cela, le prix de cession de l’immobilisation ne doit pas excéder trop sa valeur comptable.

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