Quelles utilisations de la blockchain pour la finance ?

    Par le 13 février 2018

    La technologie blockchain a été créée en 2009 pour permettre l’utilisation de la crypto monnaie Bitcoin. Si la blockchain bitcoin a été la première créée, de nombreuses autres blockchains ont été créées depuis. L’exploitation de la technologie blockchain n’en est qu’à ses débuts et nous sommes loin d’avoir identifié l’ensemble des services qu’elle pourra rendre. Nous pouvons identifier plusieurs applications pratiques dont certaines concernent la finance.

    Les types de services rendus par la blockchain

    « Blockchain much bigger than bitcoin »

    Le bitcoin et la blockchain ont été intrinsèquement liées à leur création en 2009. Force est toutefois de constater aujourd’hui que les manifestations de défiance se multiplient à l’égard du Bitcoin pour son caractère spéculatif tandis que la blockchain est considérée comme une technologie à la fois fiable et pleine d’utilisations actuelles et potentielles que l’on entrevoit encore à peine.

    Un article du journal britannique « The Guardian » au titre évocateur, « Blockchain, so much bigger than bitcoin » décrit plusieurs applications actuelles ou potentielles de la blockchain.

    Les applications actuelles et potentielles de la blockchain sont innombrables, elles se répartissent toutefois en trois grandes catégories :

    • Réaliser des transactions : transférer de la valeur sur internet sans passer par un tiers de confiance ;
    • Tenue d’un registre pour certifier l’authenticité de documents ;
    • Exécuter automatiquement des contrats (contrats intelligents ou smart contracts) ;

    1° Transfert de valeur sur internet sans l’intervention d’un tiers de confiance

    L’objectif initial de la blockchain était de réaliser des paiements sur internet de pair à pair sans passer par l’intermédiaire d’une banque (tiers de confiance). La blockchain bitcoin fut la première blockchain créée. La technologie blockchain a résolu la question du transfert de valeur sur Internet : une personne envoyant une photo par Internet n’envoie en réalité qu’une copie car elle détient toujours cette photo sur son ordinateur.

    La blockchain permet un transfert valeur, notamment effectuer un paiement : l’émetteur transfère un montant au bénéficiaire et ne dispose plus du montant sur son compte une fois celui-ci transféré (logique comptable du débit / crédit). Sans la blockchain, seules les données figurant sur les comptes bancaires (tiers de confiance) permettent de trancher une contestation relative à un paiement. Un paiement en Bitcoin sur la blockchain équivaut ainsi à un paiement par porte monnaie électronique : le paiement a eu lieu sans que les comptes bancaires de l’émetteur et du bénéficiaire aient été mouvementés.

    D’autres valeurs que la monnaie électronique peuvent être transférés sur la blockchain : des bons de fidélité, les « miles » d’une compagnie aérienne, des titres financiers (actions, titres de créances négociables), votes, échange d’électricité, ….

    La personne souhaitant effectuer un paiement en crypto monnaie doit avoir un compte (wallet) auquel sont affectés une clé publique (équivalent de l’IBAN du compte bancaire) et une clé privée, équivalent d’un code Pin qui ne doit être connue que de lui seul. Le payeur émet le transfert en utilisant sa clé privée. Une autre fonction permet au bénéficiaire du paiement de vérifier que le message du paiement a  bien été émis à partir du compte dont il a la clé publique.

    Les paiements en crypto monnaies se heurtent toutefois actuellement à deux grands obstacles qui en empêchent le développement : la forte volatilité des crypto monnaies qui génère un risque de change élevé et des coûts de transactions souvent exorbitants par rapport aux montants transférés.

    La blockchain offre la possibilité d’autres possibilités de transactions. L’ordonnance du 28 juillet 2016 libéralise la production et la revente d’électricité. Des personnes détenant des bâtiments à énergie positive peuvent convenir d’échanger leurs surplus de production (Grid). Cette consommation de proximité limite la perte en ligne (effet joule), la blockchain permet d’assurer ces transactions de façon sécurisée et à moindre coût.

    2° Tenue d’un registre pour certifier l’authenticité de documents

    La blockchain permet également de certifier l’authenticité des documents : contrats, titres de propriété, diplômes, objets d’art… grâce à un identifiant alpha numérique de 64 caractères (ou clé crypto graphique) dénommé « hash ».

    1ère Illustration : une école décide de certifier sur la blockchain l’authenticité des diplômes qu’elle a délivrés.

    Elle numérise les diplômes et attribue à chacun d’eux grâce à un algorithme un identifiant alpha numérique unique à 64 caractères, le hash. Hasher un document consiste donc à lui attribuer ce code alpha numérique grâce à la clé privée de l’utilisateur. L’école inscrit le hash sur le diplôme ou un document l’accompagnant puis l’enregistre sur la blockchain qui l’horodate.

    Pour s’assurer de la réalité d’un diplôme, un recruteur utilisera un algorithme pour reconstituer le « hash » du document papier remis par le candidat. Si ce « hash » est identique à celui émis par l’école et lui permet de remonter au site de l’école, il aura la certitude que la copie remise par le candidat est authentique.

    Tout document ayant subi une modification, même mineure, comme le fait de changer un seul mot dans un contrat de deux cent pages ne produit plus le même « hash » (voir les nombreuses illustrations à ce sujet sur Internet). La comparaison entre le « hash » du document d’origine figurant sur la blockchain et le « hash » reconstitué grâce à un algorithme à partir d’une copie papier de ce document certifie donc que la copie demeure identique à l’original.

    La blockchain préserve la confidentialité des données bien que la base de données soit publique :

    • Seul le hash est publié sur la blockchain et non le document d’origine (ce qui résoud également la question des tailles de fichier) ;
    • Il n’est pas possible de reconstituer un document ou une transaction à partir de son hash (cryptographie asymétrique).

    2nde Illustration : l’entreprise Everledger propose un registre permettant de tracer l’origine des diamants, le marché des diamants étant sujet à de nombreux vols, trafics,….

    Le producteur inscrit un diamant sur ce registre à partir de 40 critères (taille, pureté,…) et d’un numéro d’identification taillé microscopiquement sur le diamant. Si un diamant ne figure pas dans la base, cela peut jeter des doutes sur son origine et faire baisser son prix de façon sensible ou dissuader de réaliser la transaction.

    3° Exécution automatique de contrats inscrits sur la blockchain (contrats intelligents)

    Le contrat intelligent ou contrat informatique autonome (smart contract) est un logiciel installé sur la blockchain qui exécute automatiquement un engagement contractuel préalablement programmé. Il ne constitue pas en soi un document juridique mais il automatise l’exécution d’un engagement contractuel.

    Illustration : L’assureur AXA a développé l’assurance « Fizzy » versant une indemnisation en cas de retard d’avion supérieur à deux heures.

    L’assuré souscrit son contrat d’assurance sur la blockchain. Ce contrat intelligent est connecté aux bases de données du trafic aérien mondial (source externe aux parties au contrat et considérée fiable). Dès qu’un retard de plus de deux heures est constaté, le contrat s’exécute automatiquement et l’indemnisation est versée sans intervention humaine, d’où des gains de productivité considérables. L’exécution du contrat intelligent nécessite une source d’information fiable dénommée dans le langage d’Ethereum« oracle », qui constitue un pont entre le contrat et l’environnement externe.

    Description sommaire du fonctionnement d’une blockchain

    La blockchain est une chaîne de registres partagés. Une transaction est inscrite dans un registre (ou livre de compte) appelé bloc. Une fois un registre complet, il se ferme et un autre s’ouvre. Les différents blocs demeurent reliés entre eux pour former une chaîne de blocs : le hash récapitulant l’ensemble du contenu du bloc précédent figure en effet dans le bloc en cours d’utilisation.

    La blockchain constitue une base de données avec comme principales caractéristiques :

    Décentralisée : l’information est partagée à tout moment par un grand nombre d’ordinateurs répartis de par le monde appelés les « nœuds du réseau ». Ce réseau décentralisé partageant la même information remplace le tiers de confiance unique, la banque pour les paiements. Ces ordinateurs sont détenus par des entreprises dénommées « mineurs ». Chaque nœud détient à tout moment la totalité de l’information ;

    Publique : les données figurant sur la blockchain sont consultables par tous. Toutefois, ce ne sont pas les documents eux-mêmes mais leur hash qui y sont présents ;

    Résiliente : si un nœud se déconnecte momentanément du réseau, il récupère l’intégralité de la base de données en se reconnectant ;

    Garantit l’intégrité des données : Les données sont horodatées et ne peuvent être effacées ;

    Sécurisée : Deux verrous garantissent la sécurité des transactions sur la BC, le premier, lors de l’inscription de la transaction l’autre au niveau de sa validation par l’ensemble du réseau.

    Les deux verrous qui sécurisent les transactions sur la blockchain

    1. Le premier verrou est une application de la cryptographie asymétrique, une personne souhaitant effectuer une transaction sur la blockchain utilise un double jeu de clés :

    • La clé publique, visible par tous, est l’équivalent d’un code RIB ou IBAN permettant d’initier une transaction et d’authentifier son émetteur ;
    • La clé privée, qui ne doit être connue que de l’utilisateur seul, est l’équivalent d’un code PIN mais avec un grand nombre de caractères, permet de valider la transaction.

    Pour un paiement, cette étape de validation permet également de s’assurer que l’émetteur dispose bien des fonds qu’il veut transférer.

    Les cas de vol de bitcoins s’expliquent par le fait que des détenteurs de compte en bitcoin avaient imprudemment stocké leur clé privée sur un site qui a été piraté.

    2. Le second verrou est dénommé le « consensus distribué » ou « preuve de travail », il repose sur le consensus des différents nœuds du réseau pour valider un nouveau bloc. La validation d’un nouveau bloc demande de la puissance de calcul d’ordinateurs. Tous les mineurs étant en concurrence, le premier qui valide un nouveau bloc reçoit une rémunération en crypto monnaies. Un nouveau bloc est définitivement validé dès que plus de la moitié des mineurs du réseau valident l’exactitude du résultat.

    Les blockchains peuvent être publiques ou privées

    Etant accessible à tous, la blockchain publique est plus sécurisée et son fonctionnement plus lourd. L’accès à une blockchain privée étant restreint, les règles de sécurité y sont moins strictes ce qui permet de gagner en fluidité. Ainsi, depuis juillet 2016, la banque de France expérimente une blockchain avec la Caisse des dépôts et une dizaine de banques françaises pour tester la gestion décentralisée d’un référentiel de paiement.

    La blockchain ne devrait toutefois pas supprimer totalement l’existence de tiers de confiance. Ainsi, si les titres de propriété immobiliers peuvent y être enregistrés directement, l’intervention du notaire sera toujours nécessaire pour s’assurer de l’accord entre les parties prenantes, leur rappeler leurs différentes obligations,…

    Quelles applications spécifiques en finance ?

    La blockchain est un sujet majeur de la transformation digitale des sociétés de gestion d’actifs.

    La France est le premier pays européen à légiférer en matière de blockchain par l’ordonnance du 8 décembre 2017, surnommée ordonnance blockchain. Cette ordonnance modifie des articles du code monétaire et financier (CMF) en prévoyant que les registres d’actionnaires d’entreprises non cotées (actions nominatives) puissent être tenues par un dispositif d’enregistrement électronique partagé (terme par le lequel l’ordonnance fait référence à la blockchain). Cette ordonnance doit rentrer en vigueur au plus tard au 1er juillet 2018. Elle concerne tant les émissions que les transferts d’actions. Elle automatisera des formalités assez lourdes : notification écrite de la cession par le cédant à la société émettrice détenant le registre des actionnaires qui inscrit le mouvement sur le registre de mouvements et mouvemente ensuite les différents comptes titre.  Cette réforme est intéressante pour les sociétés ayant de nombreux mouvements sur titres tels qu’une plate-forme de crowd-equity.

    Cette ordonnance ne concerne pas les opérations de règlement livraison des titres cotés qui sont soumis à la réglementation européenne  Il s’agit là sans nul doute une évolution future.

    Pour les entreprises, la blockchain pourrait à terme révolutionner la profession comptable : comptabilité tenue en temps réel sur la blockchain, comptes consultables à tous moments par les tiers (clients, fournisseurs, concurrents,…), leur permettant d’évaluer à tout moment la solvabilité de l’entreprise. Voir à ce sujet l’article prospectif : Impacts de la Blockchain sur l’évolution des métiers du Chiffre.

     

     

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    Investiss Il y a 8 mois

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