La road map du risk manager face au Brexit

Par le 11 juillet 2016

Suite aux résultats du référendum sur le Brexit, l’ensemble des acteurs relevant de la gouvernance des risques va avoir un rôle clé à jouer vis à vis de la direction générale et du conseil d’administration, après ce véritable scénario de rupture.

Ce premier billet va analyser la feuille de route du corporate risk manager dans le cas du scénario privilégié de sortie effective de la Grande Bretagne / Royaume-Uni de l’Union Européenne. Il portera sur la relecture par le risk manager du risk mapping et des niveaux d’exposition aux risques associés.

Les conséquences économiques du Brexit

Un second billet, à venir, portera sur les interrelations à mettre en œuvre entre le corporate et business risk management et le Conseil d’administration post Brexit, sur les relations avec le comité d’audit entre autres.

Enfin, dans un troisième billet, nous nous intéresserons au réexamen des techniques de mise sous contrôle des risques, tant en ce qui concerne le contrôle technique que le contrôle financier des risques.

Comme souligné en début de ce billet, suite à la sortie du Royaume-Uni de l’UE, tous les acteurs relevant de la gouvernance des risques et notamment le corporate risk management, vont avoir un rôle important à jouer.

Dans ce premier billet, nous allons nous intéresser à l’impact du Brexit sur l’actualisation de la cartographie des risques et de l’évaluation des niveaux d’exposition aux risques associés.

A ce stade, nous ne connaissons pas le champ d’application et le périmètre d’application du Brexit si ce dernier est activé. Compte tenu de cette information, nous utiliserons donc dans le présent article indifféremment les termes Royaume Uni ou Grande Bretagne pour développer notre analyse.

Les risques émergents nés du Brexit

Risque macro économique / Passage du modèle monétariste à un modèle néo keynésien ?

La sortie du Royaume Uni de l’UE pourrait potentiellement amener à un changement de modèle économique. Jusqu’à la date officielle d’activation de l’article 50, la majorité des états membres du Conseil, supporteront un modèle monétariste libéral, poussant à la maîtrise de l’inflation et du déficit budgétaire. A ce jour, le bloc libéral représente au Conseil Européen (Allemagne associée) 41% des droits de vote. Post Brexit, le même bloc libéral avec l’Allemagne associée, ne représentera plus que 33 % des droits de vote pour une minorité de blocage fixée à 35%.

La conséquence d’une telle évolution pourrait être un fléchissement de la politique économique de l’UE vers une politique néo keynésienne, réaffirmant le rôle du déficit budgétaire dans la relance de la police d’investissement, avec un risque de revivre des cycle de stop and go alternatifs entre hausse de l’inflation et hausse du chômage.

Ce phénomène pourrait être majoré par l’émergence des nationalismes intra UE, que nous évoquerons plus tard.

Impact de l’évolution des flux migratoires sur la montée en puissance des nationalismes dans l’UE

Il existe, post Brexit, du fait de la très forte restriction potentielle des flux migratoires vers le RU, un risque majoré de montée en puissance de la xénophobie et du nationalisme dans les pays membres de l’UE, avec un impact négatif sur le devenir des institutions européennes. En lien avec la gouvernance de l’entreprise, le risk manager doit revisiter les stratégies de développement et de localisation des activités du groupe au sein de l’UE, du fait du risque potentiel de fragilisation des institutions européennes et des règles économiques mises en œuvre à ce jour.

Le processus à mettre en œuvre face à ce risque est le suivant :

  • Analyse SWOT actuelle des entités juridiques, business units, positionnées au sein de l’UE continentale à ce jour,
  • Mapping des sites sensibles vis-à-vis des risques – processus et matérialité associés,
  • Interrelation entre le mapping des sites critiques et cotations brutes et nettes associées,
  • Plan de redéploiement éventuel des sites critiques compte tenu de l’importance des marchés locaux, et de la nécessité d’être en proximité de marchés domestiques,
  • Modélisation de la perte maximum de Valeur Actuelle Nette si activation de l’ensemble des risques cartographiés (modèle de Monte Carlo),
  • Reporting au comité d’audit pour évaluation de l’appétence au risque du Board de ce projet de relocalisation éventuelle des sites à risques.

Rééquilibrage des marches / Evolution de l’environnement concurrentiel

Pour le Royaume Uni, la confirmation du Brexit pourrait être une opportunité « business », de prise de parts de marchés, ou d’accélération des Business Combination, du fait de ne plus être soumis à la directive anti trust, prévenant les positions dominantes et les ententes illicites entre concurrents. Les britanniques sont historiquement de grands négociateurs d’accords commerciaux. Le Brexit peut s’avérer être une opportunité pour le Royaume Uni de gagner en flexibilité, en terme de négociation de nouveaux marchés au niveau international.

Opportunité de maintenir une filiale ou société affiliée au Royaume Uni / Grande Bretagne

Le risk manager va se trouver dans l’obligation, en lien avec la gouvernance de l’entreprise, de s’interroger, via un business case/étude d’opportunité sur le maintien de l’activité d’une filiale/société affiliée domiciliée au Royaume Uni/ Grande Bretagne.

D’un point de vue méthodologique, ce business case doit sur matérialiser par :

  • La réalisation d’un SWOT actuel de la filiale britannique et de son positionnement dans le portefeuille d’activités stratégiques,
  • La modélisation d’une cartographie des risques liées au Brexit de la dite filiale ou société affiliée avec une cotation des risques associée,
  • L’application d’un modèle Monte Carlo en vue d’estimer la part maximum de net present value de la filiale UK, dans une hypothèse de matérialisation de ces risques,
  • La présentation de ce busines case au comité d’audit et/ou comité stratégique pour évaluation du niveau d’appétence aux du risque du Conseil d’Administration et prise de décision (maintien, abandon, formes alternatives de partenariats, etc.).

La relecture de certains risques déjà cartographiés post Brexit

Impact du Brexit sur les fusions acquisitions / rapprochements d’entreprises / investissement directs à l’étranger

La confirmation du Brexit par le gouvernement britannique peut avoir des effets opposés en termes de stratégie de business combination.

Le Brexit permettrait au Royaume Uni de s’affranchir de la directive droit des actionnaires, visant à réglementer les Proxy, et limiter le poids de l’actionnariat activiste au sein des conseils d’administration. Cela pourrait être un vecteur d’accélération de fusions acquisitions pour la Grande Bretagne.

Par contre, la sortie de l’UE, ferait perdre au RU l’attractivité fiscale liée à la directive mère-filiale (2003 /123/CE).

Impact sur la supply chain et le value stream

Compte tenu de l’importance des flux logistiques échangés entre le Royaume Uni et l’UE continentale, le Brexit pourrait se traduire par :

  • Une augmentation des coûts logistiques impactant négativement les volumes de vente et ceci dans des domaines ou le RU est en position dominante (Mines, produits chimiques, télécommunications et transport).

Accélération de la volatilité des marchés financiers

Le Brexit va impacter la localisation, la liquidité ainsi que le coût des services financiers au sein de l’UE si Londres perd sa position dominante, du fait de son caractère international et du caractère innovant de ses produits dérivés.

Le Brexit peut créer l’opportunité de pousser l’activité de trading sur les bourses de Paris et de Frankfort de façon prioritaire.

A court terme, la non prise de position actuelle du gouvernement britannique sur sa sortie effective de l’UE va être un facteur clé de volatilité des marchés financiers (la nature ayant horreur du vide/les marchés financiers ayant une intolérance à l’incertain) !

Le corporate risk manager va devoir développer avec les directions de communication financière des registres de communication de crise ad’hoc explicitant aux actionnaires et investisseurs, que cette volatilité du cours de l’action n’est pas liée à une insuffisance de performance intrinsèque à l’entreprise mais à une indécision politique impactant négativement la performance globale du marché action.

La road map du risk manager face au Brexit

Calendrier de sortie du RU/Grande Bretagne post Brexit dans le cas de l’activation effective de l’article 50

La road map du risk manager face au Brexit

Les modèles alternatifs des renégociations des accords commerciaux post Brexit – UK & UE

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