Evaluer la profitabilité : charges par nature ou par fonctions ?

    Par le 11 juin 2013

    La présentation du compte de résultat diffère selon que l’on soit en format français des comptes individuels ou en format anglo-saxon. Les comptes individuels en normes françaises imposent une classification des charges détaillée par nature (consommations, salaires, amortissements…).

    Les normes anglo-saxonnes imposent quant à elles une présentation par fonctions (production, commercial, administratif, R&D). Les normes IFRS ainsi que le règlement français 99-02 applicable aux comptes consolidés des groupes non cotés laissent quant à eux le choix entre les deux présentations. Un certain nombre de groupes cotés ont opté pour la présentation des charges par nature (par exemple, le groupe Bolloré).

    Ce choix de présentation va évidemment influer sur l’analyse de la profitabilité.

    La présentation des charges par fonction (ou destination) permet bien évidemment d’évaluer la performance de ces fonctions. Evaluer le coût de chaque fonction en pourcentage des ventes permet de suivre leur performance, de se comparer aux autres entreprises du secteur. Ainsi, le dirigeant d’une entreprise dont les charges commerciales représentent 16% du chiffre d’affaires s’interrogera sur la performance si pour ses concurrents, elles n’en représentent que 12%.

    La présentation des charges par nature offre d’autres avantages, elle permet à l’analyste externe de mieux repérer les causes de variation du résultat qui se classent en « effet ciseau » et « effet absorption des charges fixes ».

    L’effet ciseau

    Il fait référence à une évolution favorable ou défavorable d’un prix de vente par rapport à un coût d’achat (marchandises ou matières premières).
    Le tableau ci-dessous illustre un effet ciseau favorable sur l’activité négoce (augmentation du taux de marge commerciale) et défavorable sur l’activité industrielle (diminution du taux de marge brute calculé à partir de la consommation de matières premières).

    effet ciseau

    Le compte de résultat ne retraçant que des données financière, sa seule lecture ne permet pas d’identifier l’origine de l’effet ciseau : la baisse du taux de marge brute est-elle due à une baisse du prix de vente ou à la hausse non répercutée dans le prix de vente d’un coût d’achat ?

    Il convient ensuite de rechercher l’origine de l’effet ciseau. Une baisse du taux de marge brute peut être due à :
    Une hausse du coût d’achat des matières premières non répercutée dans le prix de vente,
    Une baisse du prix de vente motivée par une politique de prise de part de marché,
    Une évolution défavorable du mix-produit,
    Un effet de change défavorable, etc…

    L’effet « absorption des charges fixes »

    Il convient d’analyser les autres postes de charges, en grande partie fixes, (autres achats, frais de personnel, amortissement,…) exprimés en pourcentage des ventes. Ainsi, une augmentation des ventes sans augmentation proportionnelle de ces charges se traduira par une augmentation du résultat plus que proportionnelle.

    L’intérêt de la présentation par nature est de pouvoir repérer un effet ciseau à l’état pur, par l’observation du taux de marge commerciale ou brute. A l’inverse, dans le compte de résultat par fonction d’une entreprise industrielle, un effet ciseau peut être masqué par d’autres causes de variation du résultat comme des gains de productivité usine ou une moins bonne absorption des charges fixes de production.

    L’opinion de la société française des analystes financiers (SFAF)
    Par une déclaration du 26 février 2008, cette association qui regroupe les analystes boursiers a exprimé ses besoins en termes d’informations financières. Elle a reconnu la place centrale du compte de résultat en ce qu’il permet, en principe, d’obtenir une vision à moyen et long terme.
    Elle a également exprimé une forte préférence pour la présentation par nature dans le but d’interpréter de façon plus claire les variations de résultat. Les analystes souhaitent une information détaillée des revenus et charges d’exploitation.
    Ils souhaitent pouvoir isoler les éléments non récurrents du résultat opérationnel. En ce qui concerne le résultat financier, ils souhaitent pouvoir séparer les charges d’intérêts des autres charges (coût de l’endettement) ce que permettent les normes IFRS.

     

    Pour aller plus loin

    Formation : Pratique de l’impôt sur les sociétés

    Formation : Pratique de la comptabilité générale – Niveau 1

    Formation : Lire et analyser un bilan et un compte de résultat

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